Crystal PITE

Canada, Chorégraphe

La chorégraphe canadienne Crystal Pite est une ancienne membe de la compagnie du Ballet British Columbia et du Ballett Frankfurt de William Forsythe.

Au cours d'une carrière chorégraphique s'étendant sur 35 ans, Pite a créé plus de soixante œuvres pour des compagnies telles que The Royal Ballet, Nederlands Dans Theater, le Ballet de l'Opéra de Paris, et le Ballet national du Canada. Elle est connue pour des œuvres qui abordent courageusement des thèmes tels que le traumatisme, l'addiction, le conflit, la conscience et la mortalité ; sa vision audacieuse et originale lui a valu une reconnaissance internationale et a inspiré toute une génération d'artistes de la danse.

Elle est Artiste Associée auprès de trois institutions : le Nederlands Dans Theater, Sadler's Wells (Londres) et le Centre national des Arts du Canada. Elle est titulaire d'un doctorat honorifique en arts de l'université Simon Fraser, membre de l'Ordre du Canada et a reçu l'honneur d'Officier de l'Ordre des Arts et des Lettres de France.

En 2002, elle fonde Kidd Pivot à Vancouver, une compagnie qui s'efforce de distiller et de traduire des questions universelles en œuvres d'art qui nous connectent aux parties essentielles de l'humanité. De renommée mondiale pour ses hybrides radicaux de danse et de théâtre, Kidd Pivot effectue des tournées internationales avec des œuvres acclamées par la critique telles que Betroffenheit, Revisor, Assembly Hall (co-créée avec Jonathon Young), The Tempest Replica, Dark Matters, Lost Action et The You Show.

Les nombreux prix de Pite incluent le Prix des Arts de la scène du Gouverneur général du Canada en 2022, le Jacob's Pillow Dance Award en 2011 et le Prix Jacqueline Lemieux du Conseil des Arts du Canada en 2012. En 2017, elle reçoit le Benois de la Danse pour sa création The Seasons' Canon au Ballet de l'Opéra de Paris. En 2018, elle reçoit le Grand Prix de la danse de Montréal. Elle a reçu cinq prix Sir Laurence Olivier pour ses créations avec Kidd Pivot et The Royal Ballet.

Son message pour la Journée Internationale de la Danse 2026

Les humains bougent – nos bras s’étendent, nos genoux se plient, nos têtes acquiescent, notre poitrine se creuse, notre dos s’arc-boute, nous sautons, nous haussons les épaules, nous serrons les poings, nous nous relevons les uns les autres et nous nous repoussons. C’est un langage autant qu’une action. C’est ce que le corps a à dire sur le besoin, la défaite, le courage, le désespoir, le désir, la joie, l’ambivalence, la frustration, l’amour. Ces images flashent de sens dans l’esprit parce que nous avons ressenti ces choses si purement dans le corps – nous avons été émus.

Nous sommes danseurs, tous. La vie nous bouge ; la vie nous danse. Éphémère comme le souffle, concret comme l’os, une danse est faite de nous. Nous sculptons l’espace. Nous écrivons avec nos corps dans un langage sans mots qui est profondément compris. Nous gratifions l’espace en nous et autour de nous quand nous dansons.

Comme la vie, une danse se crée et se détruit à chaque instant. Comme l’amour, elle est au-delà de la raison.

J’aime penser au corps comme un lieu ; un endroit où l’être est tenu et façonné. Quand nous dansons, nous sommes profondément engagés dans le fait d’être là.

Je rédige ceci au début de l’année 2026, alors qu’il semble n’y avoir aucune fin à l’oppression, aux bouleversements et à la souffrance dans notre monde. Quotidiennement, alors que nous sommes témoins de l’horreur de ce que les humains sont capables de faire les uns aux autres et de la machinerie du pouvoir qui finance et alimente une violence indicible à l’encontre des peuples et de la planète, la danse semble être une réponse facile, inutile. Il est difficile d’imaginer ce qu’un artiste de la danse peut faire dans un monde qui a tant besoin de changement radical et de guérison.

Et pourtant – l’art, comme l’espoir, est une forme d’amour. Résolument génératif face à la profanation, l’art est un solvant pour l’esprit qui se calcifie et un baume pour le guérir. L’art est un vaisseau pour nous tenir tandis que nous luttons avec des questions – ensemble – d’une manière différente des nouvelles, différente du documentaire et de l’éducation, différente des opinions et des réseaux sociaux, différente de l’activisme et de la protestation, mais non incompatible.

À travers la créativité, nous accumulons résistance et espoir par de petits actes de courage, de curiosité, de bienveillance et de collaboration. Dans la danse, et dans la création de danse, nous trouvons la preuve que l’humanité est plus que notre dernier échec global déchirant.

Mais la danse n’a besoin d’aucune justification, d’aucune explication. Elle est faite de nous, mais ne nous doit rien. Elle a simplement besoin d’habiter un corps prêt à la recevoir. De cet endroit, elle peut traduire l’inexprimable ; agissant comme une intermédiaire entre nous et l’inconnu.

Nous sommes émus par ces traces fugaces de beauté dans l’instant présent. Et tandis que nous incarnons à la fois la danse et sa disparition, nous nous rappelons notre impermanence. En même temps, si nous prêtons attention, la danse nous donnera un aperçu occasionnel de l’âme.